Journées du Patrimoine 2021
- mpferrucci

- 20 sept. 2021
- 6 min de lecture
CONSACREES A " L'ANNEE DU RAIL "
Le service Archives et le Souvenir Français sur Villeneuve Loubet ont proposé à l’occasion des Journées du Patrimoine une exposition sur le tramway du siècle dernier, dont la gare était l’actuel poste de Police Municipale.
Sur un pilier du Pont des Vignes a été positionnée la Stèle en hommage aux soldats rentrant de manœuvre et reconnus "Mort pour la France".

1913 - DÉRAILLEMENT du TRAMWAY CAGNES – GRASSE
D’abord, un peu d’histoire :
C’est le 25 février 1874 que Nice, par délibération signée par monsieur le
Maire MALAUSSENA, décide de la concession pour la ville d’un réseau de tramway.
D’abord hippomobile, il sera par la suite étendu, utilisant même la vapeur,
notamment pour le transport des marchandises vers le port, et enfin électrifié à
partir de 1900.
L’ouverture de la voie ferrée métrique Nice/Puget Théniers en 1894, va
permettre l’implantation de nouvelles lignes de « Tram » qui perdureront jusque
dans les années 1930.
A l’aube du premier conflit mondial, ce moyen de transport en commun, très
prisé, couvre une grande partie de nos Alpes Maritimes avec ses nombreuses
lignes : Cannes-Grasse, Cannes-Vallauris-Antibes, Cagnes-Grasse, Cagnes-Menton,
Cagnes-Vence, Menton-Sospel, Nice- Contes, Nice-La Grave de Peille, Nice-Levens,
et « l’antenne » Pré du Lac-Le Bar.
Puis sont reliées au réseau Sud France (l’actuel train des pignes) les lignes de
St-Martin Vésubie (1909), St-Sauveur sur Tinée (1912), Guillaumes Haut Var (1923)
et Roquestéron (1924).
Parmi les grands projets, seules les lignes de Thorenc et de Peïra Cava ne
seront pas réalisées. Au total pas moins de 144 kilomètres de voies ferrées, sans
compter les réseaux de trains : Cannes-Vintimille, Cannes-Grasse, Nice-Digne,
Colomars-Draguignan-Meyrargues, puis ouverte entre les deux guerres, la ligne
Nice-Tende-Cuneo.
Alors, en cet automne 1913, quel fabuleux moyen de transport comme
d’évasion dominicale que ces rames à une, deux, trois ou quatre voitures qui
permettent de découvrir des horizons nouveaux comme de véhiculer de
nombreuses marchandises.
L’accident :
En cette soirée du mercredi 17 septembre 1913, le tramway parti sous une
pluie battante de Pré-du-Lac file à vive allure, sur les pentes sinueuses qui séparent
Roquefort de Villeneuve-Loubet, pour rejoindre la gare de Cagnes.
Composé de deux motrices et deux remorques, le convoi transporte, parmi
ses passagers, de nombreux chasseurs alpins de la 57ème Brigade, qui rentrent de
grandes manoeuvres.
Il est un peu moins de sept heures, le train s’emballe, son conducteur Louis
AGNELLY et le Wattman LOTARDI tentent de bloquer les freins. Poursuivant sa folle
route, le convoi aborde vivement la courbe qui précède le viaduc des Vignes
enjambant un ravin d’une vingtaine de mètres de profondeur, les attaches se
rompent et pendant que la première voiture va buter contre le parapet, les trois
autres vont s’abîmer en miettes dans le vallon d’où montent bientôt des râles
d’agonie et des cris de détresse.
C’est la nuit, la nuit noire, embrumée, il pleut et les rescapés se demandent
s’ils ne sont pas l’objet du plus sinistre des cauchemars.
Notre département des Alpes Maritimes vient de vivre, sur cette terre de
Villeneuve Loubet, la plus grande catastrophe ferroviaire de son histoire.
L’alerte :
Dans cette campagne déserte, pas facile de trouver de l’aide, alors, pendant
que quelques valides s’empressent auprès des blessés, les autres courent vers les
endroits où l’on peut trouver du secours.
Des bastides environnantes arrivent de braves gens pendant que d’autres se
précipitent vers les villages où le téléphone et le télégraphe ont tôt fait de
transmettre l’affreuse nouvelle à Nice, Cagnes et Grasse. Un sergent fourrier du
21ème régiment de Chasseurs emprunte même une bicyclette pour rejoindre
Villeneuve-Loubet.
Premiers secours :
Passager, de la voiture de tête heureusement miraculée, le Docteur DE
ALBERTI descend avec une poignée de chasseurs dans le lit du torrent et prodigue
ses soins à quelques blessés avant de les faire remonter. Des paysans, accourus à la
hâte, soulèvent les planches et les pierres pour dégager les victimes gémissantes
enchevêtrées avec les morts.
Peu à peu, on s’organise, pour regrouper les blessés sur la route. Au milieu
des survivants hagards, Les Docteurs PASQUALINI de Villeneuve et CHEVALIER de
Cagnes sont bientôt secondés par leurs confrères PONS et LAURENT arrivés de Nice
avec « la voiture d’ambulance de l’automobile club ».
C’est dans cette ambiance de désolation que se présentent les deux
automobiles du détachement des Sapeurs-Pompiers de Nice, détachement
commandé par le Capitaine CONSTANTIN et le Lieutenant POULLAN, ce groupe est
bientôt rejoint par le Préfet André DE JOLY.
Puis arrive « l’auto du service d’ambulance du parc d’artillerie avec le matériel de
pansement du 2ème et 7ème d’artillerie ».
Difficiles dégagements
Je vais laisser parler les mots de l’époque :
« A la lueur des torches des pompiers, des lampes à acétylène et des lanternes
réquisitionnées un peu partout, on travaille. Mais il est très pénible de dégager les blessés.
Les trois voitures se sont renversées les unes sur les autres et la terre détrempée s’enfonce
sous leur poids qui dépasse trente tonnes. La pluie fait rage, le vent qui siffle en rafales à
travers les arbres trompe ceux qui cherchent les blessés, tâtonnent dans l’obscurité et sont
guidés par les plaintes.
Peu à peu, cependant, au prix de mille efforts, on arrive à retirer les blessés qui gisent
pêle-mêle avec les morts. Quelle grande quantité de soldats ! Tous, le visage affreusement
contracté, éclaboussé de leur sang ou de celui des autres victimes, réclament des soins et
pleurent. A chaque mouvement qu’on leur fait faire, au moindre choc qu’ils ressentent, ce
sont des hurlements. Puis parmi les blessés, il y en a qui appellent leurs camarades, ils ont
des yeux étranges, hagards et semblent ne rien comprendre à ce qui s’est passé.
Le fond du petit vallon est déjà tout rouge de sang et les ombres gigantesques que les
torches projettent ajoutent encore à l’horreur. »
A trois heures, après le dégagement des blessés, le Préfet décide de
suspendre pour la fin de la nuit, le déblaiement et la recherche des cadavres bien
qu’il reste un wagon à dégager.
Le transport des blessés :
Difficile de nos jours, d’imaginer pareille évacuation de victimes… Toutes les
voitures particulières disponibles sont réquisitionnées (y compris celle des
journalistes de l’éclaireur de Nice). Les blessés couchés sur les banquettes se
retrouvent pour certains à l’hôpital de Grasse, pour d’autres dirigés vers Nice, et les
moins touchés sont « provisoirement » installés dans un hôtel de Cagnes en attente
du retour des autos… Les cas les plus graves sont directement transportés sur Nice
par « voiture d’ambulance ».
Un tramway est même affrété pour conduire les blessés de Cagnes vers Nice
où la voie du « tram » passe juste devant l’hôpital, Place DEFFLY… Ce convoi y arrive
à trois heures du matin…
A l’hôpital Saint Roch, tout s’organise pour accueillir au mieux les
accidentés ; internes, infirmiers, panseurs, soeurs de charité se dévouent sans
compter sous la direction du docteur ROSSO, chirurgien et du docteur POUILLAUDE,
Médecin chef de l’hôpital militaire.
Une salle de l’hôpital est transformée en morgue pour pouvoir recevoir les
dépouilles qui, sur les lieux de la catastrophe, sont déposées dans des fourgons
hippomobiles militaires.
Le relèvement du dernier wagon :
C’est une manœuvre bien complexe que doit conduire le Capitaine
CONSTANTIN : pouvoir, avec le matériel de l’époque, relever la lourde carcasse de
ferrailles tordues qui formait la plateforme du dernier wagon, afin de retirer les
derniers corps.
Pour compliquer le tout, en ce matin du 18 septembre, il pleut et le sol
détrempé s’enfonce sous le talon…
Travaillant de concert avec les hommes du 7ème Régiment d’Artillerie, nos
pompiers installent de lourdes poutres amarrées aux vestiges du châssis, placent un
câble sous ces dernières et après avoir fixé le dispositif à des arbres solides, tirent
depuis le haut…
L’appareil permet de soulever la charge, qui prudemment est calée,
centimètre par centimètre… jusqu’à venir reposer « de côté » sur un gros pin dont
la cime s’abat sans heureusement causer de mal. La manœuvre est réussie, les
derniers corps sont rendus aux hommes…
Le bilan et l’enquête :
17 morts et 40 blessés … L’armée paye un lourd tribu : 12 soldats décédés et
33 blessés. La ville de Nice organise des funérailles militaires en grande pompe avec
défilé et convoi pour accompagner jusqu’à la gare les cercueils des dépouilles
disposés deux à deux sur des affûts d’artillerie tirés par quatre chevaux et
recouverts des Couleurs Nationales.
L’enquête s’attelle à démontrer que la rame était « archi bondée » de
voyageurs engendrant un poids trop lourd sur une voie trop étroite, qu’après la
halte du colombier le convoi roulait trop vite sur des rails rendus glissants par la
pluie, et que la tentative de freinage avait peut-être concouru à la dislocation du
train.
Le wattman est arrêté et inculpé d’homicide par imprudence.
A propos des illustrations qui suivent cet article :
Il était difficile de trouver, à propos de cette catastrophe, des clichés
utilisables autres que des photos soumises à droits.
Alors, pour vous offrir une idée exacte de nos tramways de l’époque, et
surtout vous permettre d’imaginer les difficultés rencontrées par les secours, vous
trouverez quelques images issues d’un rapport d’expertise, photographiées par le
Caporal/Chef J.G. BOUILLON, grâce à l’aimable concours de Monsieur Alain
BOTTARO du Service des Archives Départementales des Alpes Maritimes,
Conservateur, chargé des relations avec le public.










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