LE 14 JUILLET
- mpferrucci

- 2 juil. 2022
- 5 min de lecture

LE 14 J U I L L E T
Spécificité française, la culture de la fête nationale sert de repère identitaire aux français selon Rémi Dalisson dans son ouvrage « Célébrer la nation ».
La fête nationale en France de 1789 à nos jours, peut tout autant incarner la nation qu’être un objet de contestation.
La célébration d’une fête nationale est fluctuante au cours du XIXème siècle, notamment en raison des dates différentes proposées par les régimes successifs.
Le 14 juillet 1789 est un évènement fondateur dans la construction de la fête nationale, mais il serait réducteur de l’associer à cette seule journée.
La fête de la Fédération du 14 juillet 1790, qui rassemblait la nation et représentait la fête de l’unité nationale, a également servi de fondement à l’instauration d’une fête pour tous les Français.
La fête publique semble ainsi une recherche de l’adhésion de et à la nation.
Le 14 juillet est aujourd’hui encore célébré selon une codification reprenant des symboles proposés dès la fête de la Fédération de1790 (maintien dans l’histoire du défilé de ceux qui défendent la nation par exemple). La loi du 6 juillet 1880 est votée et crée un jour de fête nationale annuel : le 14 juillet.
La jeune République souhaite une fête populaire et incarnant ses valeurs de la République tout en plaidant pour l’émancipation du peuple.
Journée d’intervention du peuple, journée de lutte contre l’Ancien Régime à travers la symbolique de la Bastille, le 14 juillet est accepté d’autant plus facilement que la prise de la Bastille est justement suivie en 1790 de la célébration de la nation fédérée.
La journée est déclarée chômée afin que des cérémonies soient organisées sur l’ensemble du territoire.
Un programme national est décliné à l’échelle locale. Dès le 14 juillet 1880 sont présents le défilé militaire et des festivités populaires.
L’armée, par sa présence, est ainsi attachée à la République.
Que célèbrent les différentes fêtes nationales dans le monde ? L’indépendance du pays ou sa construction en tant qu’État est célébrée par une fête nationale dans de nombreux États (Canada, États-Unis, ...).
L’avènement d’un régime peut également être célébré comme c’est le cas en Italie où est célébrée la naissance de la République.
Dans tous les cas, la fête nationale, peut être perçue comme un temps fort dans son acceptation comme sa contestation. En Australie, par exemple, « l’Australia Day » le 26 janvier est marqué par l’organisation d’un « Invasion Day » qui rassemble assez largement.
D’un côté la date reconnue officiellement célèbre le début de la colonisation anglaise, quand le contre-évènement organisé en particulier au sein de la communauté aborigène, mais de plus en plus suivi dans tout le pays, critique cette même appropriation.
Au contraire dans de nombreuses anciennes colonies, la fête nationale est corrélée à l’indépendance face aux empires coloniaux.
L’exemple de la fête nationale algérienne le 5 juillet fait ainsi référence au 5 juillet 1962 et à l’indépendance. Les sites officiels des différents gouvernements présentent l’histoire de leur fête nationale.
EN France depuis 1880, la République fête la Nation au milieu du mois de juillet. Que célèbre-t-elle exactement ? Comment la journée a-t-elle été choisie ? Quels en sont les enjeux ?
14 juillet 1789
La prise de la Bastille, de la révolte d’Ancien Régime au mythe révolutionnaire
L'imagination populaire s’est emparée de la Bastille, dont elle fait volontiers un redoutable symbole d’absolutisme royal et d’arbitraire en matière de justice, plein des gémissements d’innombrables prisonniers s’étiolant sans libération possible à l’ombre de murs impénétrables.
En réalité cette forteresse construite par le roi Charles V pour défendre la porte Saint-Antoine, un temps utilisée comme prison, avait progressivement perdu son importance au cours du XVIIIe siècle.
Lors de l'ouverture de la forteresse conquise ou simplement remise suite à la reddition de sa garnison, le peuple de Paris n'y trouva que sept prisonniers, dont quatre faussaires.
En ce mois de juillet 1789, la population de Paris est agitée par la crainte des troupes massées autour de la capitale, et par l’inquiétude de la pénurie alimentaire qui fait s’envoler le prix du pain.
Le 12 juillet, un dimanche, la nouvelle du renvoi de Necker provoque l’émoi collectif, non par sympathie pour le ministre, mais par crainte d'un renforcement de l'autorité royale. Camille Desmoulins exhorte la foule du Palais Royal à la révolte. Des manifestations spontanées de soutien à Necker se répandent dans les rues, et l'intervention d'un régiment allemand aux Tuileries fait des blessés.
Le lendemain matin, très tôt, des barrières d'octroi sont incendiées, le couvent Saint Lazare est pillé car soupçonné d'abriter du grain.
À l'Hôtel de Ville dans la matinée, des électeurs de la ville de Paris créent un comité permanent et une milice de 40 000 hommes, avec comme signe distinctif une cocarde rouge et bleue, couleurs de la ville.
Mais cette milice n'est pas armée : des lieux de détentions d'armes sont pillés, des piques sont forgées. Demande est faite au gouverneur des Invalides de livrer des armes. Il refuse.
Au matin du 14, la foule se rend aux Invalides pour exiger les armes. Les troupes présentes sur le Champ de Mars font savoir qu'elles ne marcheront pas sur les Parisiens, qui s'emparent alors des Invalides, y trouvent trente mille fusils et douze canons. Manquent la poudre et les balles. Une première puis une deuxième délégation d’électeurs de la ville de Paris sont reçues par le gouverneur Launay à la Bastille, mais n'obtiennent ni poudre, ni balles.
La foule commence à se masser devant la forteresse. Vers une heure et demie de l’après-midi, Launay ordonne aux défenseurs de la Bastille d’ouvrir une première fois le feu sur la foule. Une troisième et une quatrième délégation se rendent à la Bastille sans plus de succès. A partir de trois heures et demie, cinq canons pris le matin aux Invalides sont placés devant la Bastille par des gardes-françaises.
Vers cinq heures, la garnison de la Bastille se rend sur la promesse d'être bien traitée.
La foule déferle dans la Bastille, y saisit la poudre qu'elle était venue chercher, pille les archives et libère quelques prisonniers. Le bilan des morts de la journée s’élève à une centaine de Parisiens. La garnison est emprisonnée, le gouverneur Launay tué. Le prévôt des marchands Jacques de Flesselles, dont la fonction se rapproche de celle d’un maire de Paris moderne, est lui aussi assassiné pour traîtrise. Leurs deux têtes sont plantées sur des piques et promenées dans Paris jusqu'au Palais Royal.
Le soir, ignorant encore l'épisode de la prise de la Bastille, Louis XVI ordonne le retrait des troupes.
Le roi n'apprend l'événement qu'à son réveil le lendemain matin et demanda :
« Est-ce une révolte ? »
Le duc de La Rochefoucauld-Liancourt lui répond ce mot devenu célèbre :
« Non, Sire, c'est une révolution. »
« A NOUS LE SOUVENIR, A EUX L’IMMORTALITE »




Commentaires